Dunkerque 29

LA FRANQAISE DE 45 ANS VA ENFIN POUVOIR TOURNER LA PAGE LE 10 DÉCEMBRE LANCEN CHEF DE LA POLICE FÉDÉRALE Á QUI ELLE DOIT SES SEPT ANNÉES PASSÉES DERRIÉRE LES BARREAUX DES GEÓLES MEXICAINES A ÉTÉ ARRÉTÉ AUX USA.

« Un vilain tour du destin !» C ’est ainsi que Florence Cassez, quarante-cinq ans, résumait ses sept années de calvaire vécues dans les prisons mexicaines alors qu’elle était soupçonnée, avec son ami Israel Vallarta, d’avoir enlevé et séquestré trois personnes. Six ans après sa libération, le 23 janvier 2013, la roue de la fortune a enfin tourné dans le bon sens pour la jeune femme, née á Beuvry (Pas-de-Calais) et désormais installée á Dunkerque. Lundi 10 décembre, Genaro García Luna, l’homme á qui elle doit d’avoir vécu l’enfer, a été arrêté á Dallas, aux Etats- Unis. « García Luna est accusé d’avoir pris des millions de dollars en pots-de-vin au cartel de Sinaloa d’“El Chapo” Guzmán, alors qu’il contrôlait la police fédérale mexicaine et était responsable de la sécurité publique du Mexique », a déclaré Richard P. Donoghue, procureur fédéral du district Est de New York. García Luna fait l’objet de trois accusations de trafic de cocaïne et une accusation de fausses déclarations. Une sacrée revanche pour Florence Cassez qui a appris l’arrestation via les réseaux sociaux. « En un instant, je suis repartie là-bas, a confié cette dernière. J ’ai revu la prison de Tepepan, les moments de désespoir, les souffrances... »

A l’époque, l’ancien chef de l’Agence fédérale d’investigation avait monté de toutes pièces une fausse opération de sauvetage pour emprisonner la Française, filmée et diffusée sur deux chaines mexicaines.
Avant d’admettre quelques mois plus tard avoir procédé á une fausse interpellation, reconstituée le lendemain et dans un autre lieu. Condamnée à á quatre-vingt-seize ans de prison par la justice mexicaine en 2008, une peine réduite en appel á soixante ans en 2009, elle avait vu sa condamnation annulée par la Cour Suprême le 23 janvier 2013 et avait été libérée sur le champ. Un cauchemar que l’ancienne chef du département bijoux et lingerie d’une chaine de vêtements á Dunkerque, partie au Mexique pour tenter sa chance, faisait tout pour oublier. « Je m ’étais fait une raison. Je devais vivre avec ça et essayer de l’enfouir, au maximum.»

SOULAGÉE D’UN PASSÉ ENCOMBRANT, ELLE VA POUVOIR SAVOURER DE VOIR GRANDIR SA PILLE ÁGÉE DE 4 ANS

Aujourd’hui, plus qu’une revanche. Florence Cassez entraperçoit sa possible réhabilitation. « Je vois les commentaires qui arrivent, notamment sur Twitter, les Mexicains qui m’envoient des messages privés très gentils. H y a une vraie prise de conscience de leur part, donc, oui, c’est une réhabilitation totale pour moi, c’est vraiment ce que j’attendais, ça fait beaucoup de bien », a confié cette dernière au micro d’Europe 1. Emplie « d’un sentiment libérateur », la Française va pouvoir déposer le poids de ce « vilain tour du destin » venu percuter sa trajectoire de vie. « Les gens qui disent qu’ils ne veulent pas savoir si j’ai fait ou pas ce qu’on me reprochait là-bas et qu’ils ne me jugent pas veulent sûrement être gentils, mais ils ne savent pas á quel point c’est lourd á porter... »

Séparée de Fausto Avila, membre de son comité de soutien, rencontré alors qu’elle était en détention et qu’elle avait épousé quelques mois après son retour en France, Florence Cassez va dorénavant pouvoir se tourner vers l’avenir et savourer la joie de voir grandir leur fille, Fleur, née en 2015. « C ’est un chamboulement. Quelque chose que je n’avais jamais connu, je ne trouve même pas de mots á mettre sur mon bonheur », avait-elle confié á la naissance. Florence n’a jamais cessé de croire en un avenir meilleur, avec détermination et panache.

♦ VIRGINIE PICAT